vendredi 10 avril 2009

Wendy & Lucy - Kelly Reichardt


On se dirige vers l'Alaska, mais on est loin d'Into the wild. D'abord, Kelly Reichardt ne nous explique pas les raisons du départ de Lucy. Son film n'affirme pas immédiatement sa dimension critique - pas de réquisitoire contre les standards existentiels américains. D'ailleurs, Wendy semble désespérément, socialement non conforme à ces standards. Elle n'a pas le choix, mais elle en fait un (celui de l'Alaska, donc). La frontière entre ce qui est subi et ce qui est désiré est très fine. Et c'est peut-être parce qu'il n'y a pas de choix qu'il y a du désir (qu'il y a le désir d'investir cette vie-là, et pas une autre).
Ensuite, on sait comment Wendy mange, où elle dort, comment ses journées se passent. C'est une aventure concrète, qui ne se veut pas d'emblée métaphysique (ou exemplaire). Ca pourrait passer pour de la prudence (au sens de tiédeur), mais c'est avant tout de la méthode et de l'humilité.
La première séquence est splendide : un travelling sur Wendy jouant avec sa chienne Lucy dans les bois. Rien de plus. Un moment - ou plutôt l'invention d'un moment, qui ne feint pas l'exaltation, mais qui y vient, peu à peu, à force de construction. On entend Wendy fredonner quelque chose. On sent qu'elle cherche à habiter l'espace, à habiter le lien qu'elle a avec sa chienne - c'est une décision : interrompre le voyage pour fabriquer le plus simplement possible la mémoire de celui-ci. Pas une carte postale, pas un souvenir, mais un temps.
Tout le film est ainsi, sans facilité ni évidence. A partir d'une situation scénaristique, Kelly Reichardt enregistre la marche d'une jeune fille dans un monde inconnu, et plutôt hostile. Pas de raccourci ni de salut aléatoire - au contraire, la situation se durcit au fur et à mesure, et plus le film avance, plus il semble simple et vrai. La ville où Wendy fait une étape un peu forcée existe, les personnages secondaires ne sont pas des envoyés de Dieu ni des figures oedipiennes, et encore moins les symboles d'une idée qui serait inhérente à la tenue du film (si on excepte la croix très brillante autour du cou du vigile). Plus les choses existent, s'affirment, plus la cinéaste doute. Et elle rend compte, sans effet, au travers de ce doute, d'une épreuve, d'un dépouillement progressif, de la défaite d'un espoir et de ses préconceptions.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

ATTENTION SPOILER !!!
Rares sont les films qui mettent l'argent au centre du récit, qui en font une composante sérieuse, organique de ce dernier. C'est le cas ici. W&l ne raconte pas grand chose de passionnant au premier abord. Puis, après coup, le fim donne l'impression d'avoir développé tout un discours sur l'argent, la propriété, le vol et le dépouillement progressif inéxorable de ceux qui n'ont déjà pas grand chose. Wendy, dont les ressources financières s'épuisent au fur et à mesure de son voyage, va finir par perdre l'essentiel (je sais, c'est vite dit). De toute façon, les dés sont pipés, lui dit le vigile, homme généreux mais pourtant suppôt d'un système qui dévore tout, jusqu'à la notion même de terre commune, morcelée, inéxorablement elle aussi, en ghettos surveillés par des vieux n'ayant pas de quoi partir à la retraite. Un système où certains s'arogent le droit d'abuser de l'ignorance des autres ou de prendre ce qui ne leur appartient pas et où les autres sont sanctionnés pour l'exemple quand ils se le permettent.